Lorsque l'on veut organiser Le Plus Beau Mariage De Tous Les Temps - objectif fixé par Cookie - on se doit d'étudier avec toute l'attention qu'elle mérite la concurrence. C'est donc dans un état d'esprit aussi hypocrite que joyeux que nous acceptâmes les invitations à venir assister à leurs noces que nous proposèrent deux amis, Polo et Tché.
Avant que ça commence à jaser dans le fond, non, ils ne se mariaient pas ensemble. Vous avez vraiment l'esprit mal placé.
Bref, nous allions avoir l'occasion d'espionner, copier, plagier, pirater, contrefaire et peut-être même prendre quelques idées pour l'organisation de notre propre sauterie.
Polo avait décidé de faire de son mariage un défi à Murphy et à toutes ses lois de l'emmerdement maximum en l'organisant au milieu du doux mois d'octobre, au coeur de la riante terre de Bretagne, connue pour son temps clément et ses cieux dégagés, surtout en cette période. Ca n'a pas manqué, on est arrivés complètement trempés à la mairie.
Accompagnés de Rémy, qui avait fait la route avec nous (oui, bon, d'accord, il avait conduit et on aurait jamais pu venir sans lui), nous nous précipitâmes dans l'abri que nous offrait la demeure du représentant de la République en cette terra incognita. Ca n'a pas manqué, il s'est arrêté de pleuvoir. Et c'est sous un soleil radieux que Polo et Aurélie se dirent oui pour la vie, à la mairie puis à l'église, sous les vivats de la foule.
Le mariage lui-même se déroulait dans un château du iksivième siècle, fort bien conservé pour son âge. Après le vin d'honneur agrémenté de petits fours multicolores - comment est-ce qu'ils font tenir un repas complet sur un centimètre carré ? - nous nous attablâmes pour déguster à la fois le repas et les chansons et autres présentations powerpoints nous relatant l'histoire tumultueuse des deux nouveaux époux. D'ailleurs Polo si tu m'embêtes je balance les paroles ici.
Tout ça s'est achevé sur une soirée dansante au court de laquelle Rémy et Cookie ont enflammé la piste de danse tandis que j'enflammais le coude du serveur au bar, le tout terminé par une séquence très intense des Lacs du Connemara où Polo et Aurélie se virent entourés de tous leurs amis qui leur communiquaient leurs voeux de bonheur en leur rentrant joyeusement dedans.
Quelques jours plus tard, nous remettions ça avec le mariage de mon futur témoin avec sa collocatrice - oui, je sais, il n'y a pas grand-chose de pire, à part peut-être se marier avec une collègue.
Tché et Irène avaient décidé de se marier en octobre également, visiblement afin de tous nous narguer avec le temps et la température avant de partir en voyage de noce à Tahiti.
Encore une fois, le plan a semblé réussir au-delà de toute espérance grâce à la contribution aquatique abondante de la météo, mais l'entrée dans la mairie stoppa encore une fois la pluie.
La cérémonie fut très émouvante, avec une magnifique déclaration d'amour de Tché à sa dulcinée au moment de l'accepter pour épouse, laquelle prit la chose avec tout le solennel et le sérieux dû à l'événement.
La fête eut lieu dans une ferme joliment décorée de fleurs diverses et de tartines de foie gras - les secondes subissant beaucoup plus de pertes que les premières au cours de la soirée. J'eus l'occasion de retrouver quelques anciens camarades de l'Ecole Centrale de Lyon, et nous nous mîmes en devoir de nous raconter nos trajectoires respectives depuis que nous étions sortis de cette estimable institution.
Visiblement quand tu es centralien, ou bien tu travailles à Murex, ou bien tu finis tueur à gage.
Après un repas que l'on qualifiera pudiquement d'excellent - j'ai pas envie de vous rendre jaloux, bande de petits canaillous - nous fûmes pris d'un étrange sentiment de déjà vu lorsque les témoins des mariés nous invitèrent à écouter leurs performances vocales décrivant les exploits des deux stars de la soirée au cours de leur long périple vers cette journée apothéose. Nous avions pu auparavant admirer les qualités de séducteur de Tché au cours de son enterrement de vie de garçon - plusieurs dizaines de roses distribuées à de parfaites inconnues dans la rue alors que l'on est affublé d'une perruque blonde, d'une cape noire avec des pin's, et d'un chapeau haut de forme vert, jaune, bleu et rouge, c'est pas donné à tout le monde.
D'ailleurs Tché, si tu m'embêtes trop, je balance la photo.
Le bal fut magnifiquement ouvert par les nouveaux épousés qui nous firent une démonstration de valse digne de Sloski-Koukounov aux championnats du monde de danse artistique 1976, et fut magnifiquement fermé par un Lac du Connemara digne de France-Angleterre aux Six Nations 2002.
Les conclusions de la scéance d'espionnage sont donc les suivantes :
- Entrer dans une mairie arrête la pluie
- Le foie gras, c'est bon
- Les témoins vont chanter une chanson au cours de laquelle on va ou bien tirer une petite larme ou bien rougir jusqu'aux oreilles. Connaissant mes témoins, je pencherais pour la seconde option.
- Vu comme tout le monde le chante, Maureen est pas près d'accepter la paix des Gallois ou celle des rois d'Angleterre.