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Samedi 8 juillet 2006
Franchir le seuil de la Distillerie, c'est revenir plusieurs décennies en arrière - à l'époque où le clou de toute soirée réussie n'était pas encore de voir cet abruti de candidat arriver au million d'euros chez Foucault, mais plutôt d'aller voir un spectacle, un vrai... Des magiciens si habiles qu'ils peuvent faire sortir les étoiles de vos yeux, des acrobates si agiles qu'aucun saut ne semble trop dangereux, des danseuses si graciles que vos larmes coulent lors de l'adieu... Un spectacle sans pareil où l'exploit est commun, où l'extraordinaire est le pain quotidien. Bienvenus, Mesdames et Messieurs, dans un cabaret, oui, un vrai.



Il nous a fallu environ soixante-sept secondes pour décider qu'il fallait absolument que notre mariage ait lieu ici. Lumière, disposition, tables, couleurs, scène, cuisines, jardin... Tout ça avant que Maria, notre très sympathique et serviable hôtesse pour la visite, nous propose un orchestre, un spectacle offert pour goûter à la cuisine et à l'ambiance, un cigare, un voyage aux Maldives et une Ferrari Testarossa. On a refusé les trois derniers (c'est pas bon pour la santé, c'est pas terrible à cette époque de l'année, et j'ai toujours pas mon permis).
Bref, après avoir lu, relu, corrigé, re-corrigé, discuté, scanné, crash-testé et un peu grignoté le contrat, nous apposâmes notre paraphe au bas de notre sésame pour un mariage de rêve.
Par Cookie & Matt - Publié dans : Mariage
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Mercredi 21 juin 2006
A défaut de trouver une salle à notre convenance, notre périple francilien nous avait permis d'affiner notre vision du lieu du Plus Beau Jour De Notre Vie (TM) : il fallait qu'il soit parfait, mais pas trop cher.
Sandrine, jamais rebutée par les missions impossibles (elle était consultante de Tom Cruise sur les tournages des trois MI) mit en branle son formidable réseau (essayez de lui refuser quelque chose quand elle vous sourit...) pour nous dégotter LA perle rare.
Comme toute perle, notre terre promise est difficile à dénicher, est logée dans un écrin peu engageant, et rayonne de mille feux une fois découverte.
Imaginez-vous dans votre voiture sur l'A10, descendant vers Bordeaux pour des vacances bien méritée au camping des Flots Bleus à Tropez-sur-Mer (150 habitants, son bureau de poste, ses vieux sur la place du village). Vous venez de passer la barrière de péage de Saint-Arnoult, la caissière vient de vous insulter parce que le petit Mimi lui a balancé sa bouteille de coca au visage sous prétexte qu'elle était grosse et moche. A votre droite, il est indiqué que la prochaine sortie s'appelle Allainville ; c'est probablement un petit bled de campagne paumé, sans le moindre intérêt. Néanmoins, Mimi vient de hurler qu'il a faim, soif, envie de faire pipi, qu'il va vomir dans les deux minutes, et qu'il veut savoir quand est-ce qu'on arrive ; contraint et forcé, vous empruntez donc la sortie, raisonnant qu'il doit bien y avoir une pharmacie dans le coin pour acheter des somnifères ou de la mort-aux-rats pour le môme.
Le rond-point à la sortie de l'autoroute vous propose un choix : Allainville ou Garancières-en-Bauce. Votre douce moitié vous sussurre à l'oreille que Garancières ça a l'air très joli - démontrant au passage l'incroyable hypocrisie de la genre féminine lorsqu'elle veut quelque chose, et je vais payer ce dernier commentaire je le sens -, et surtout plus près. Vaguement inquiet de tomber dans le pire trou de la France, vous n'êtes pas rassuré par le spectacle qui s'offre à vous au bout de 200 mètres : une magnifique zone industrielle, issue de la fameuse vague architecturale des années 60 dite des rectangles en béton gris. Entre deux entrepôts, vous apercevez un toit à peu près regardable entouré des seuls arbres à trente kilomètres à la ronde, avec une inscription en lettres rouges : "La Distillerie".
Vous avez alors des réminiscences de films d'horreur dans lesquels des familles se perdaient en pleine campagne et se faisaient agresser par des psychopathes déformés. Leur repaire s'appelle souvent la Distillerie.
Vous vous apprêtez à accélérer brutalement pour mettre fin à ce cauchemar éveillé, quand tout à coup Mimi secoue le siège  en hurlant qu'il veut s'arrêter tout de suite, ce qui provoque une embardée qui vous emmène tout droit dans la cour de la Distillerie.
Horrifié, vous voyez alors un petit homme jovial vêtu d'un costume écarlate - c'est certainement pour cacher les taches de sang - vous accueillir avec un grand sourire. Vous ne pouvez résister à la curiosité de votre moitié et de Mimi, et vous êtes donc emmené contre votre gré à l'intérieur. Une grande lumière vous accueille, vous éblouissant.
Vous y avez mis le temps, vous êtes tombé là par hasard, mais vous venez d'entrer dans la salle parfaite...
Par Cookie & Matt - Publié dans : Mariage
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Jeudi 8 juin 2006
Après force explications et tirages d'oreilles, Sandrine finit par nous faire comprendre que ce n'était pas en restant assis sur notre derrière à bailler aux corneilles / rêver du plus beau mariage du monde (rayer la mention inutile selon que vous soyiez plutôt Monsieur ou Mademoiselle) que l'on réussirait à avoir quoi que ce soit qui ressemblât vaguement à une réception.
Donc si nous voulions autre chose que la salle polyvalente de la Ferté-Saint-Aubin (qui il faut bien le dire est fort peu commode puisqu'y a l'Lucien à côté qui aime pô trop qu'les bêtes elles soient réveilés par les carabistouilles des Parisiens), il fallait bien se résoudre à partir sur les routes sauvages et inexplorées de l'Ile-de-France, cette lointaine contrée de nos terroirs.
Nous nous sommes donc retrouvés tous les trois dans une voiture de location aux lignes aussi fines et  épurées que celles de Maradona après une cure de désintox. On en était pas fier, mais on passait incognito auprès des autochtones. Premier stop : le château de Courson. Cherchez pas sur une carte, c'est dans une de ces zones blanches que les cartographes nomment pudiquement "forêt" mais que vous et moi savons être des jungles peuplés des pires bêtes sauvages (canards, écureuils voire sangliers, mais pas un seul honnête pigeon) où l'homme n'est pas forcément le bienvenu. Cela dit le château est pas mal.

Oui, je sais, ouahou c'est beau. Sauf que la salle proposée n'est pas là, mais bien...

.. ici. Les écuries.
En fait c'est pas mal, si on oublie les abreuvoirs dans la salle.

Après avoir pris congé de la très sympathique concierge de l'endroit - qui nous a fait faire le tour du parc du château, soit trente-cinq kilomètres de randonnée dans la verdure et les fleurs - nous repartîmes vers le fin fond de l'Essonne rustique et la riante commune de Breux-Jouy.
Breux-Jouy, c'est un peu à Paris ce qu'une rose est à un éléphant : c'est plus petit, plus mignon, ça sent meilleur, mais ça bouge beaucoup moins. Notre étape s'appelait le domaine de la Patulière, une petite maisonnette logée dans un écrin de verdure.

Il s'agit de l'ancienne villa d'un jet-setteur qui l'a convertie en rente à vie en la transformant en salle de mariage.

Tu te maries là-dedans que t'as l'impression de tourner un épisode de Dallas. Piscine, bar, feu d'artifice, terrasse, petit parc... Mais comme dans la série, chaque homme a son prix : 100 euros par personne. Sachant qu'on comptait venir à 200, le propriétaire fut aussi ravi de nous voir arriver que nous fûmes déçus de lui signifier notre refus.
Notre périple était pour le moment certes agréable, mais fâcheusement dépourvu de toute péripétie qui vaille la peine d'être retenue. Nous décidâmes donc de pimenter la chose : nous ignorâmes courageusement les conseils de l'ami Mappy qui nous avait jusque là emmené sans coup férir à bon port, et prirent un raccourci. Ca n'a pas manqué, nous nous sommes perdus.
Par la magie des raccourcis foireux, nous nous sommes donc retrouvés chez mes parents, qui nous expliquèrent obligeamment la signification des hiéroglyphes barbares que nous avions vu sur le bord des chemins de la région : c'était des panneaux indicateurs, et on pouvait arriver à destination en les suivant. Impressionnés par l'ingéniosité des peuplades franciliennes, nous repartîmes donc vers Maison-Lafitte, son hippodrome, ses champs, son château.

Notre dernière visite fut donc celle d'une petite demeure Louis XIV. Si la Patulière était Dallas, alors le château de Maison-Lafitte c'était Star Trek : joli pour l'époque, mais ayant plutôt mal veilli, et surtout intouchable sinon les fans vous tapent dessus.

Nous avons donc décidé de garder le château pour nos noces d'or, quand nous aurons l'âge de vouvoyer nos amis et de sortir des phrases comme "oui ma chère, cette tapisserie irait très bien dans mon living, uh uh uh". En attendant, ils peuvent se le garder leur musée.

Les meilleures choses ont une fin, et cette journée n'échappa pas à la règle : nous retrouvâmes la civilisation au crépuscule, échappant de justesse aux dangers de la vie sauvage nocturne, la tête pleine d'images de mariages somptueux et de chèques avec plein de zéros et notre signature en bas.
Par Cookie & Matt - Publié dans : Mariage
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Vendredi 2 juin 2006
Prenez un calendrier. Comptez 400 jours à partir d'aujourd'hui (oui ça peut prendre un moment). Cochez la date. Ne prévoyez rien ce jour-là, c'est le jour M, et vous serez invités.
Par Cookie & Matt - Publié dans : Mariage
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Lundi 29 mai 2006
Des nombreux obstacles sur la route des jeunes fiancés, ce ne sont pas les arnaqueurs chafouins, les fonctionnaires tatillons ou les côtes de boeuf périmées qui posent le plus de problèmes. La némésis ultime du Mariage, c'est la Flemme. Oui, il faut un F majuscule.

Trois mois après nos enflammées fiancailles, nous avions donc un lieu précis (l'Ile de France), une date qui ne l'était pas moins (l'an prochain), et une liste d'invités à l'avenant (tous ceux qu'on connaît et qu'on aime bien). Les généralités étant expédiées, il nous restait à rentrer dans les détails. Nous avons mis en route nos méthodes habituelles : Cookie passait des nuits blanches à réfléchir à la couleur du pompon de la chaussure gauche de sa tenue de mariage, tandis que je me disais qu'après tout, un an c'est dans longtemps (un certain nombre de lecteurs de la gente masculine se reconnaitront).

La Flemme nous tenait. Impossible de s'échapper. Partout où nous allions, elle était là avant. Les ténèbres s'épaississaient, l'espoir s'amenuisait, le mariage s'éloignait. Quand soudain, surgie de nulle part, tel un éclair blanc déchirant le ciel, Elle arriva. Notre sauveur, notre guide, notre organisatrice de mariage.

Nous avons découvert au cours des premiers entretiens de nouveaux concepts qui nous étaient relativement étrangers, comme la planification, la recherche méthodique, ou la sérénité. Sandrine, c'est un peu la Sécurité Sociale, mais avec le sourire. Ou la Joconde, mais qui servirait à quelque chose. C'est l'alliance du charme et de l'efficacité, du sens de l'organisation et du sens de l'humour, de la générosité et de la fermeté. J'imagine déjà la rougeur de la dame quand elle lira ces lignes ; je suis donc forcé d'arrêter là l'hagiographie et de finir sur une note un peu plus péjorative : elle est blonde, quand même.

La première phase d'une planification réussie consiste à décider d'une date finale pour le projet, date qui sera de toute manière immanquablement dépassée. Un mariage ayant ceci de particulier que si la préparation est en retard il est difficile de repousser le go-live, Sandrine nous enjoignit (oui ça se dit, j'ai vérifié dans le dico) de choisir une date réaliste, à laquelle les gens seraient disponibles, ayant fini l'école ou le travail, mais n'étant pas encore partis se prélasser sur les plages de Byblos ou de Cagnes-sur-Mer. Nous nous sommes dit que ce serait trop facile, donc nous avons choisi la date que les trois quarts de la planète avait déjà cochée comme date de mariage / baptême / remplissage de grille de loto : le septième jour du beau mois de juillet de l'an de grâce MMVII après la naissance du Christ. Soit dans le langage aseptisé de notre société moderne, le 7/07/07.

Nous nous sommes dit que c'était une très bonne idée. D'ailleurs les trois premières salles que nous avons contactées nous l'ont confirmé : elles étaient déjà réservées.

PS : dans le langage aseptisé de notre société moderne, nous vous lançons une supplique du fond de nos coeurs : allez, soyez cools, lâchez vos coms.
C'est vrai, quoi, les gens ils viennent et puis ils disent pas qu'ils sont viendus. Méssants.
Par Cookie & Matt - Publié dans : Mariage
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