Jeudi 8 juin 2006
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21:35
Après force explications et tirages d'oreilles, Sandrine finit par nous faire comprendre que ce n'était pas en restant assis sur notre derrière à bailler aux corneilles / rêver du plus beau mariage du monde (rayer la mention inutile selon que vous soyiez plutôt Monsieur ou Mademoiselle) que l'on réussirait à avoir quoi que ce soit qui ressemblât vaguement à une réception.
Donc si nous voulions autre chose que la salle polyvalente de la Ferté-Saint-Aubin (qui il faut bien le dire est fort peu commode puisqu'y a l'Lucien à côté qui aime pô trop qu'les bêtes elles soient réveilés par les carabistouilles des Parisiens), il fallait bien se résoudre à partir sur les routes sauvages et inexplorées de l'Ile-de-France, cette lointaine contrée de nos terroirs.
Nous nous sommes donc retrouvés tous les trois dans une voiture de location aux lignes aussi fines et épurées que celles de Maradona après une cure de désintox. On en était pas fier, mais on passait incognito auprès des autochtones. Premier stop : le château de Courson. Cherchez pas sur une carte, c'est dans une de ces zones blanches que les cartographes nomment pudiquement "forêt" mais que vous et moi savons être des jungles peuplés des pires bêtes sauvages (canards, écureuils voire sangliers, mais pas un seul honnête pigeon) où l'homme n'est pas forcément le bienvenu. Cela dit le château est pas mal.
Oui, je sais, ouahou c'est beau. Sauf que la salle proposée n'est pas là, mais bien...
.. ici. Les écuries.
En fait c'est pas mal, si on oublie les abreuvoirs dans la salle.
Après avoir pris congé de la très sympathique concierge de l'endroit - qui nous a fait faire le tour du parc du château, soit trente-cinq kilomètres de randonnée dans la verdure et les fleurs - nous repartîmes vers le fin fond de l'Essonne rustique et la riante commune de Breux-Jouy.
Breux-Jouy, c'est un peu à Paris ce qu'une rose est à un éléphant : c'est plus petit, plus mignon, ça sent meilleur, mais ça bouge beaucoup moins. Notre étape s'appelait le domaine de la Patulière, une petite maisonnette logée dans un écrin de verdure.
Il s'agit de l'ancienne villa d'un jet-setteur qui l'a convertie en rente à vie en la transformant en salle de mariage.
Tu te maries là-dedans que t'as l'impression de tourner un épisode de Dallas. Piscine, bar, feu d'artifice, terrasse, petit parc... Mais comme dans la série, chaque homme a son prix : 100 euros par personne. Sachant qu'on comptait venir à 200, le propriétaire fut aussi ravi de nous voir arriver que nous fûmes déçus de lui signifier notre refus.
Notre périple était pour le moment certes agréable, mais fâcheusement dépourvu de toute péripétie qui vaille la peine d'être retenue. Nous décidâmes donc de pimenter la chose : nous ignorâmes courageusement les conseils de l'ami Mappy qui nous avait jusque là emmené sans coup férir à bon port, et prirent un raccourci. Ca n'a pas manqué, nous nous sommes perdus.
Par la magie des raccourcis foireux, nous nous sommes donc retrouvés chez mes parents, qui nous expliquèrent obligeamment la signification des hiéroglyphes barbares que nous avions vu sur le bord des chemins de la région : c'était des panneaux indicateurs, et on pouvait arriver à destination en les suivant. Impressionnés par l'ingéniosité des peuplades franciliennes, nous repartîmes donc vers Maison-Lafitte, son hippodrome, ses champs, son château.
Notre dernière visite fut donc celle d'une petite demeure Louis XIV. Si la Patulière était Dallas, alors le château de Maison-Lafitte c'était Star Trek : joli pour l'époque, mais ayant plutôt mal veilli, et surtout intouchable sinon les fans vous tapent dessus.
Nous avons donc décidé de garder le château pour nos noces d'or, quand nous aurons l'âge de vouvoyer nos amis et de sortir des phrases comme "oui ma chère, cette tapisserie irait très bien dans mon living, uh uh uh". En attendant, ils peuvent se le garder leur musée.
Les meilleures choses ont une fin, et cette journée n'échappa pas à la règle : nous retrouvâmes la civilisation au crépuscule, échappant de justesse aux dangers de la vie sauvage nocturne, la tête pleine d'images de mariages somptueux et de chèques avec plein de zéros et notre signature en bas.