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Mercredi 2 août 2006
Dans la vie du cadre jeune et dynamique, il y a une tradition à laquelle il est impossible d'échapper même avec la meilleure volonté du monde : il faut partir en vacances. C'est l'un des mystères insondables de la vie professionnelle : apparemment, on a pas le droit de rester toute l'année contribuer à la Croissance (TM) et aux Stock-Options (TM), il faut aussi se Reposer (pas TM du tout).
Etant de jeunes gens respectueux des traditions, nous préparâmes la mort dans l'âme un voyage vers le pays d'origine et de coeur de Cookie, le Liban.

Nous n'avions pas choisi de notre plein gré cette destination entre toutes. Bien sûr, Wall Street eut été bien plus agréable, et oui, nous risquions de ne pas avoir de nouvelle du CAC 40 - peut-être même pendant plusieurs jours d'affilée. Mais la famille de ma habibi (petit surnom affectueux dans la langue de là-bas, que j'utilise de temps en temps pour faire couleur locale. Régulièrement. Ok, tout le temps) vit à Beyrouth, ce qui nous force plus ou moins à supporter les inconvénients libanais - plages de sable fin, piscines tropicales, boîtes de nuits au bord de l'eau, climat sec et jamais trop chaud, montagnes pour les randonnées, trente lieux touristiques au kilomètre carré... Un véritable cauchemar.

Heureusement, tout ceci nous fut épargné trois heures après notre atterrissage à Beyrouth, lorsqu'un bombardier israélien qui passait par là lâcha malencontreusement quelques tonnes d'explosifs sur l'aéroport. A cette occasion voici le dialogue qui a été enregistré dans la boîte noire de l'appareil :
"Alors tu vois, chérie, c'est vraiment jolie Beyrouth la nuit
- Oh oui mon amour, c'était vraiment une bonne idée cette promenade, tu es sûr que tes chefs diront rien pour le bombardier ?
- Non penses-tu, ils passent leur temps à jouer au Risk avec les ordis de l'Etat-Major, ils s'en foutent des avions
- Ah d'accord. Et elle fait quoi cette manette ?
- Touche pas au largage des bombes, idiote !"
Le reste est malheureusement en train de rentrer dans l'Histoire.

Constatant que l'appartement de la Cookie Family était situé à environ trente mètre du quartier général du Hezbollah, nous suivîmes les conseils de la mère de la Sureté, cette chère Prudence, et nous partîmes vers la maison de campagne du Cookie Uncle dans les montagnes au nord de Beyrouth, abandonnant à regret la promesse du plus beau feu d'artifice du 14 juillet de nos vies.

En arrivant dans la - apparemment - charmante bourgade de Ghalboun, plusieurs petits détails ont immédiatement titillé mes sens aigus d'espion amateur . La petite maison agréable promise se révéla pouvoir contenir une armée de taille respectable, avec les provisions à l'avenant ; des tours en marquaient les quatre coins, tandis qu'une imposante grille en gardait l'entrée. En tenant de plus compte du fait que le propriétaire de ce manoir a pour patronyme Jihad, je me suis demandé si je n'étais pas finalement tombé sur le quartier général secret de la résistance libanaise.

Mes craintes furent décuplées lorsque la première créature qui sortit des tréfonds de ce repère fondit sur moi en me demandant si je savais jouer au Qui Est-ce. C'était visiblement un test pour voir si j'étais digne de confiance. Mon mentor en ces lieux avait toutes les apparences d'une fillette de quatre ans, avec pour nom de code Serena. Ayant vu un certain nombre de documentaires sur le sujet, je savais sans erreur possible que toute personne portant ce nom ne pouvait être qu'un androïde ; je ne fus donc pas surpris lorsqu'elle découvrit sans coup férir que mon personnage avait les cheveux jaunes, des lunettes et s'appelait Georges.


Serena fut mon ange gardien lors de mon séjour au coeur du QG de Ghalboun ; elle me testa de nombreuses fois au Qui Est-ce, ainsi qu'au jeu de Cendrillon (je n'ose même pas coucher par écrit les détails de cette dernière épreuve de peur d'incriminer Serena devant la justice internationale. Sachez seulement que sont impliquées une pantoufle de verre et une citrouille, et que votre imagination ne suffira pas à deviner le reste). Le reste du temps, j'étais autorisé à jouer aux cartes avec Cookie et le reste de la famille qui nous a rejoint là-haut - tarnib, arba mille, et une fois une bataille pour compliquer les choses. A cette occasion, j'ai appris à compter jusqu'à huit en arabe (ça fait trois de plus que Jean Dujardin dans OSS 117, alors pas de réflexion désobligeante svp), n'ayant jamais eu les cartes pour demander neuf ou dix plis sur treize. De l'importance d'avoir des bonnes cartes au départ pour obtenir une éducation correcte.

Nous sommes restés dix jours à Ghalboun, partageant notre temps entre les cartes, le ping-pong, le billard, la lecture, le basket, l'écoutage craintif d'avion passant au-dessus de nos têtes, et les repas (activité extrêmement importante au Liban, qui nécessite un immense effort au moment de la digestion - au point que le Liban est le seul pays dans lequel digérer, ça donne faim).  A l'aube du onzième jour, nous décidâmes qu'il nous fallait absolument un bon bol d'air pollué parisien, et qu'il était temps d'aller réserver notre voyage sur les Croisières de l'Ambassadeur.
Par Cookie & Matt
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Mardi 15 août 2006

Le lendemain, dès l'aube, à l'heure où noircit la campagne libanaise sous les bombardements de leurs voisins méridionaux, nous partîmes, sans savoir si qui que ce soit nous attendait. L'ambassade de France nous avait en effet assuré que oui, nous allions être évacué, mais que non, pas tout de suite parce qu'il y avait environ 30 000 familles avec enfants inscrites et prioritaires avant nous. Sur les conseils avisés de mon père, dont le sang-froid commençait à sérieusement se réchauffer ("prenez 72 heures de bouffe et d'eau, aller pleurer à l'ambassade et cassez-vous de cette merde !"), et des parents de Cookie, bien au fait des moeurs libanaises ("allez-y, de toute manière en négociant et en râlant un peu y a toujours moyen de passer"), nous décidâmes donc d'aller voir à l'ambassade s'il n'y avait pas un coin dans la cale du bateau pour nous.

Après une poignée d'heures au soleil en compagnie de quelques milliers de charmants bambins, il s'avéra qu'il restait en effet 300 coins dans la cale, et que par conséquent nous pouvions embarquer - sans même avoir à râler le moins du monde. Nous fûmes accompagnés d'une tante et de deux cousins de Cookie, qui nous tinrent lieu de caution morale puisque l'un des deux cousins était mineur - 16 ans, 1,90m, 90 kgs, l'air terrifié d'Arnold Schwarzenneger dans Terminator.

Les Israéliens fêtèrent gentiment notre départ de six feux d'artifice, tirés alors que nous nous dirigions vers le port dans le bus de l'ambassade. S'ils voulaient nous faire changer d'avis, ils durent être fort déçus. Quelques minutes plus tard, nous vîmes le port de Beyrouth s'éloigner du pont du Iera Petra, laissant derrière nous une famille que nos pensées accompagnent encore tous les jours, et partant avec soulagement vers des coins moins agités - les soldes étant finies à Paris.

Malheureusement le charmant équipage du Iera Petra avaient laissé embarquer quelques passagers clandestins fort désagréables. Nous fûmes assaillis durant les huit heures de la traversée et les dix heures d'attente au port de Larnaka par Drosophila melanogaster et ses copines, j'ai nommé les mouches. Des millions de mouches, partout. Evidemment, difficile de dormir dans ces conditions, et c'est donc l'oeil acéré et le teint frais que nous posâmes le pied sur le sol chypriote.

Le reste du voyage consista en une longue attente dans une salle polyvalente obligeamment prêtée par l'armée chypriote, 6 bouquins avalés, 183 parties de tarnib, 237 sandwiches - quand on a sommeil, il faut manger pour garder un peu d'énergie, et chaque sandwich nous faisait tenir 10 minutes - et 549 litres d'extrait de concentré de caféine pure. 52 heures (dont quatre de sommeil) après être partis, nous pûmes enfin nous écrouler sur notre lit et apprécier la canicule française comme il se doit.

 

PS : un petit changement de ton, parce qu'on sait aussi être sérieux. Il est rare en France de se montrer patriotique, on préfère râler et regarder ce qui ne va pas. Mais cette évacuation m'a permis de découvrir une chose : je suis fier d'être français. Fier d'être ressortissant d'un pays dont les soldats prennent des enfants dans les bras pour les amener en lieu sûr au lieu de leur balancer des bombes dessus, fier d'appartenir à une nation qui oeuvre pour la paix là où les faucons de guerre des deux camps ne voient qu'un champ de bataille. Fier enfin d'être libanais par alliance, d'appartenir, même un peu, à un peuple que le monde a préféré oublier pendant plus d'un mois. Notre coeur va vers tous les Libanais, qu'ils soient au pays ou ailleurs, et en particulier à la famille restée là-bas. Notre coeur va au Liban le martyr, notre Liban, mon Liban. 

Par Cookie & Matt
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Lundi 26 février 2007
Les météorologues sont formels : on assiste à l'un des hivers parisiens les plus chauds depuis quelques siècles.
Foutaises.
Visiblement, les météorologues partent pas en vacances à la Martinique. Nous si. Et à notre tour d'être formels : cet hiver est froid - au moins en comparaison.
Cliquez sur la jeune fille qui a l'air d'apprécier son cocktail :

Le voyage en photos et en commentaires...
Bon depuis on est rentrés à Paris et on confirme : même s'il fait chaud, en fait non, il fait froid.
Par Cookie & Matt
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